Sanctions contre la Russie : Transcription de l’historique financier de Jean Sadecki

Après l’article de Jean SADECKI sur Londres, ce dernier a aussi écrit sur la Russie. Dans ce récit, tout commence lorsque la Russie s’est emparée de la Crimée. Cette invasion a alors suscité à la fois la colère et la peur dans le monde occidental. Étant donné que la Maison-Blanche, Bruxelles et Westminster étaient outrés, leur première réaction a été d’annoncer des sanctions économiques. Ces dernières réussiront-elles à mettre la Russie au pied du mur ?

Il faut noter que tout au long de l’histoire, les sanctions économiques ont très souvent été utilisées comme un moyen de maîtriser la Russie indisciplinée. Mais ont-elles réellement permis d’atteindre l’objectif visé ? C’est ce que nous allons voir avec cette transcription de Jean SADECKI sur l’historique financier de la Russie.

1948 : Les restrictions sur les relations commerciales avec l’Union soviétique

La Russie a l’habitude d’être victime de sanctions économiques pour des comportements jugés hostiles envers le reste du monde. En 1948 par exemple, les puissances alliées ont imposé un large éventail de restrictions sur les relations commerciales avec l’Union soviétique dirigée par la Russie lorsque cette dernière a érigé le rideau de fer autour des pays d’Europe orientale. Bien que les Russes ordinaires aient été dans l’obligation de payer un lourd tribut, il faudra attendre un demi-siècle avant que les sanctions en question ne puissent être levées.

Mars 2014 : La Russie fait face à une série de sanctions

Après 1948, la Russie a également subi au fil des ans diverses sanctions qui ne seront pas toutefois pas évoquées ici. Nous effectuerons plutôt une avance rapide de près de 65 ans et parviendrons alors en 2014. Au cours des jours qui suivent la capture de la Crimée par les troupes russes, les pays occidentaux ont une fois de plus décidé d’imposer une série de sanctions très coordonnées à ce pays.

Les sanctions dont il est question ici ont été dirigées par les États-Unis. Ces derniers interdisent notamment aux responsables désignés de voyager. Face à la pression, un certain nombre d’anciens pays du rideau de fer, dont l’Albanie et le Monténégro ont alors décidé de jeter leur chapeau à l’Ouest. Dans un défi de solidarité, la Douma russe a elle aussi décidé que des interdictions soient imposées à tous ses membres.

Avril 2014 : Des sanctions beaucoup plus personnelles

Alors que les troubles se propagent de l’autre côté de la frontière de Crimée, les sanctions contre la Russie deviennent beaucoup plus personnelles. Les États-Unis condamnent notamment l’interdiction de toute transaction commerciale avec Igor Sechin qui n’est autre que le bras droit du président Vladimir Poutine, parmi six autres membres de son entourage. De même, dix-sept entreprises russes spécialisées dans les secteurs du pétrole, de la banque et de la défense sont également explicitement exclues pour les hommes d’affaires occidentaux. Soutenant les États-Unis, l’Union Européenne insiste de son côté sur le fait que ces mesures ne sont « pas punitives », mais qu’elles visent plutôt « à provoquer un changement de politique ou d’activité ».

Début août 2014 : la riposte de l’administration Poutine

Affirmant que la Russie est victime d’une agression, l’administration Poutine décide alors de riposter à travers une série de sanctions à son encontre.

« Toutes les sanctions visent mes amis, mes proches personnellement », se plaint notamment le président russe. Le Kremlin, qui n’est susceptible de nuire qu’à sa propre population, condamne une interdiction totale des importations de denrées alimentaires en provenance de l’UE, des États-Unis et d’autres pays. Le Kremlin dresse alors sa propre liste noire, qui comprend le sénateur américain John McCain qui décrit constamment Poutine comme un « colonel du KGB ».

Fin août 2014 : la Russie est soumise à de plus grandes pressions

À la fin du mois d’août 2014, la chaleur sur la Russie s’intensifie grandement. Le Japon gèle en effet une série de projets communs. Les États-Unis ajoutent quant à eux d’autres entreprises et individus à la liste noire. De son côté, la Norvège met pratiquement un terme à toutes ses relations commerciales avec l’État envahisseur, y compris à tous les approvisionnements de son vaste secteur pétrolier. Même la Suisse qui est historiquement neutre rejoint la file d’attente en interdisant pratiquement les transactions avec les banques russes. L’Italie s’empare par ailleurs de villas d’une valeur de 40 millions de dollars appartenant au partenaire d’entraînement de judo de Poutine.

Septembre 2014 : l’étau se resserre sur la Russie

Le nœud coulant se resserre alors que les États-Unis mettent sur liste noire certaines des plus grandes entreprises russes à savoir :

  • le géant financier Sberbank,
  • l’armurier Rostec,
  • quatre compagnies pétrolières géantes, dont Gazprom et Rosneft.

 Toutes ces entreprises sont étroitement liées au Kremlin. Tous les individus sur la liste noire sont par ailleurs de vieux amis de Poutine. Toutes ces actions visent donc de toute évidence à exercer une grande pression sur le président russe. L’auteure américaine Karen Dawisha révèle en outre dans son livre Poutine’s Kleptocracy que 110 milliardaires liés au président contrôlent 35 % de la richesse totale du pays.

Début octobre 2014 : Les USA expriment leur frustration

Joe-Biden et le président des USA Barack Obama sont frustrés d’avoir à pousser d’autres pays à l’action. Sous le prétexte que l’Amérique est à l’avant-garde des sanctions, le vice-président Joe Biden déclare que le président américain a « souvent presque dû embarrasser l’Europe pour se lever et prendre des coups économiques pour imposer des coûts [à la Russie] ». Cette remarque n’est pas la bienvenue en Allemagne qui est le premier exportateur de l’UE vers la Russie.

Fin octobre 2014 : la Russie refuse de se laisser faire

 Jean SADECKI conclut son récit en indiquant qu’un  large éventail de projets russes avec le reste du monde sont maintenant sur la liste proscrite impliquant plusieurs milliards de dollars. Toutefois, à la lumière des retombées économiques, le Premier ministre russe Dimitry Medvedev déclare ceci : « Si certains de nos projets avec l’Europe, l’Amérique ou d’autres sont mis sur la glace, nous les déplaçons logiquement vers d’autres destinations ». Sinistre, la Douma examine un projet de loi qui permettra au Kremlin de saisir des actifs étrangers tels que des usines automobiles pour indemniser les victimes de sanctions.

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Vladimir

A propos de l'auteur: Vladimir

Ma mère est Russe, mon père français. J'ai grandi en France, tout en alternant les nombreux séjours à Moscou !

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