Le Centre de Russie pour la science et la culture à Paris

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Journées Dmitri Chostakovitch
dans le cadre de la 5e Semaine des cultures étrangères à Paris
du 25 au 29 septembre 2006


Un siècle avec Chostakovitch

Exposition documentaire
réalisée par la Bibliothèque musicale scientifique S. I. Taneev
du  Conservatoire d’Etat Tchaïkovski de Moscou.

La culture du XXe siècle est inconcevable sans la musique de Chostakovitch. Ses œuvres sont comparables à une chronique du siècle, elles racontent l'histoire de son pays, la vie de ses compatriotes et la sienne. Sans prétendre présenter l'ensemble de l'œuvre de Chostakovitch dans toute sa dimension et sa diversité, nous avons tenté de montrer différents Chostakovitch à différentes périodes de sa vie. L'exposition a été conçue autour des premières éditions de ses partitions et des critiques publiées à l'occasion des créations de ses œuvres (extraits de journaux des années 1920 à 1970), des programmes et des photographies des premières de ses concerts. Le tout nous a été confié par la Bibliothèque scientifique musicale S.I. Taneev du Conservatoire national de Moscou P.I. Tchaïkovski.

 La période des années 1920 est représentée par Trois danses fantastiques, la Symphonie n°1 et la Sonate n°1 pour piano.

Trois danses fantastiques a été la première composition de Chostakovitch à être éditée (1926). Sur la page de garde il est indiqué qu'il s'agit de l'opus 1, alors que dans la liste des œuvres, les Danses sont inscrites comme étant l'opus 5. La Symphonie n°1, écrite par Chostakovitch pour l'obtention de son diplôme au Conservatoire de Leningrad, a permis à son jeune auteur de 19 ans de devenir célèbre dans le monde entier. Après la première qui eut lieu à Leningrad (1926), elle fut reprise à Berlin sous la direction de B. Walter, de S. Stokovski à Philadelphie, de A. Toscanini à New York. La recherche de nouvelles intonations susceptibles de traduire le monde moderne se fait jour dans le langage musical de la Sonate pour piano (initialement Sonate d'Octobre).

 Au cours des années 1930, Chostakovitch composa 24 Préludes pour piano et le Concerto n°1 pour piano et orchestre.

Dans ces deux œuvres, le compositeur a eu recours à des intonations hétérogènes, de néoclassiques et romantiques à modernes. La signature de Dmitri Tsyganov (1903-1992) figure sur la page de garde de l'exemplaire des Préludes exposé. La partition a en effet appartenu à ce grand violoniste russe, professeur au Conservatoire de Moscou, membre du Quatuor Beethoven.

 Les œuvres théâtrales de Chostakovitch présentées ici sont les opéras Le Nez et Lady Macbeth du district de Mtsensk et le ballet L'Age d'or.

Un court article paru dans le quotidien Krasnaïa gazéta informe les lecteurs de la première du Nez, programmée en 1929. En réalité, elle n'aura lieu qu'en 1930. Dans l'intervalle, Chostakovitch composa une Suite de 7 pièces instrumentales et vocales. La copie  manuscrite présentée ici ne contient que les pièces instrumentales.

L'opéra Lady Macbeth a été mis en scène simultanément à Leningrad et à Moscou. Le musicologue Ivan Sollertinski, ami de Chostakovitch, publia une critique à l'occasion de la première à Leningrad (22 janvier 1934). Pour celle de Moscou (24 janvier de la même année), on édita le libretto accompagné d'un article de l'auteur "A propos de mon opéra".

La Suite du premier ballet de Chostakovitch L'Age d'or fut interprétée avant même la première du ballet en 1930. La partition de L'Age d'or, comme d'ailleurs celle des deux autres ballets (Le Boulon et Le Ruisseau limpide) n'a pas été éditée du vivant du compositeur.

La destinée des œuvres scéniques de Chostakovitch a malheureusement été mouvementée. Elles ont été vivement critiquées et privées de scène pendant de longues années. L'opéra Lady Macbeth ne sera de nouveau présenté sur la scène du Bolchoï qu'en 1963 sous le nom de Katérina Ismailova et après avoir été remanié par l'auteur. Le Nez attendra 1974 pour ressurgir au Théâtre de musique de chambre de Moscou sous la direction de B. Pokrovski. Le ballet L'Age d'or ne sera repris qu'en 1982 au Bolchoï dans une mise en scène de Y. Grigorovitch.

 La Symphonie n°5, l'une des plus belles compositions symphoniques de Chostakovitch, a été écrite en 1937. Le compositeur la qualifiait d'oeuvre lyrico-héroïque montrant "l'individu et toute la palette de sentiments qui le tourmentent".

 Le compositeur commença à écrire sa célèbre Symphonie n°7 peu après le début de la Grande guerre patriotique (1941-1945). Dès qu'elle fut terminée (en 1942), la symphonie fut interprétée de nombreuses fois, aussi bien dans la patrie de son auteur qu'à l'étranger (A.Toscanini à New York, S. Koussevitski à Boston, C. Chavez à Mexico). En mai 1945, C. Munch la dirigea à Paris.

Après l'interprétation de la symphonie le 9 août 1942 à Leningrad, alors assiégé par les troupes hitlériennes, l'écrivain et poétesse soviétique Olga Bergolts et le critique littéraire G. Makogonenko publièrent un article, intitulé La Symphonie de Leningrad.

 La Symphonie n°11 "1905" (composée en 1957) est également liée à des événements historiques, ce qui explique le choix de l'auteur qui utilise les thèmes de chants révolutionnaires. En mai 1958, alors que Chostakovitch se trouvait en visite à Paris, la Symphonie n°11 fut interprétée pour la première fois en France par l'Orchestre national de Radio France dirigé par A. Cluytens.

 Les intonations des chants révolutionnaires imprègnent également le Poème Octobre, écrit pour le 50ème anniversaire de la Révolution d'octobre (en 1967) et qui vient s'ajouter aux œuvres commémorant des dates et fêtes nationales (Symphonie n°2 "Octobre", Symphonie n°3 "Le 1er mai", entre autres).

 Chostakovitch était tout aussi talentueux lorsqu'il composait des chansons. Ainsi la chanson Au devant de la vie, composée pour le film Contre-plan (Vstretchnyi) sur des paroles de B. Kornilov, devint l'un des chants les plus populaires, largement connu y compris à l'étranger. Pendant la Seconde guerre mondiale, son thème exaltant fut repris à plusieurs reprises lors de la Conférence des Nations Unies sur l'organisation internationale. La mélodie de la chanson La Patrie écoute, composée sur des paroles de E. Dolmatovski, devint tout aussi populaire. Elle a pendant longtemps servi d'indicatif à la radio soviétique. Ces deux chansons sont connues en France grâce au texte français écrit par Pierre Luquet.

 Les années 1940-1960 sont représentées par des œuvres aussi diverses que le Concerto n°1 pour violon et orchestre (écrit en 1947, interprété en 1955); le cycle vocal De la poésie populaire juive qui se caractérise par un psychologisme subtil et des éléments de théâtralisation; les humoresques musicales intitulées Cinq romances sur des textes de la revue satirique Krokodil; la Symphonie vocale n°14 pour soprano, basse et orchestre de chambre, qui est une réflexion sur les thèmes éternels de l'amour, la vie et la mort.

 Nous découvrons les œuvres des années 1970 au travers de la Symphonie n°15 et des Quatuors à cordes n°13 et n°14.

Le Quatuor n°13, composé en 1970, est dédié à Vadim Borissovski (1900-1972), altiste et professeur au Conservatoire de Moscou, membre du Quatuor Beethoven. Le quatuor a été composé à l'occasion du 70ème anniversaire du musicien, comme en témoigne la lettre du compositeur adressée à Borissovski le 4 septembre 1970 depuis Kourgan. Le manuscrit était en possession de la famille de Borissovksi. Après la mort de celui-ci, sa veuve, Dolly Delazarie-Borissovskaïa, en a fait don à la Bibliothèque du Conservatoire de Moscou.

La dernière symphonie, n°15, est considérée comme une synthèse de tout ce qui avait été écrit auparavant, comme un récit profondément intime sur l'éternel et le sacré. Elle a été composée en 1971 et interprétée en 1972 sous la direction de Maxime Chostakovitch, le fils du compositeur.

Le Quatuor n°14 a été écrit immédiatement après la Symphonie n°15. La partition d'alto est présentée ici avec la signature et des indications de tempo, apposées par l'auteur pendant les répétitions. Elle appartenait au professeur du Conservatoire de Moscou, Fedor Droujinine (né en 1932) qui a remplacé son maître, Vadim Borissovski, au sein du Quatuor Beethoven. Cet exemplaire a été remis à la Bibliothèque du Conservatoire par Droujinine en 1975.

 Chostakovitch a commencé à enseigner en 1937, d'abord au Conservatoire de Leningrad, puis à celui de Moscou (de 1943 à 1948). Parmi ses élèves moscovites figurent des personnalités aussi exceptionnelles que diverses comme G. Galynine, K. Karaev, E. Makarov (sur la photo), K. Khatchatourian (sur la photo), R. Bounine, A. Gadjiev, B. Tchaïkovski.

 La musique du futur est inconcevable sans les œuvres de Chostakovitch. En les écoutant, les nouvelles générations pourront non seulement juger des événements du XXe siècle, mais aussi réinterpréter leur sens profond.

Exposition est conçue et réalisée par Mme Irina BREJNEVA,
chef du Fonds des documents rares de la Bibliothèque musicale scientifique S. I. Taneev
du  Conservatoire d’Etat Tchaïkovski de Moscou.

Traduction du texte: Agence RIA NOVOST


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